top of page

Présomption d'innocence en France : définition et droit

  • gparastatis
  • 15 juin
  • 8 min de lecture

Sommaire


  • Le principe de la présomption d'innocence en droit français

  • Présomption d'innocence et charge de la preuve devant les juridictions

  • Atteintes à la présomption d'innocence et recours possibles en droit


La présomption d'innocence en France interdit de traiter une personne accusée comme coupable avant une décision judiciaire définitive établissant sa culpabilité. Ce principe gouverne toute la procédure pénale, de l’enquête à l’instruction puis au procès, et il ouvre des recours précis en cas d’atteinte.


Le principe de la présomption d'innocence en droit français


La présomption d'innocence suppose une règle simple : la preuve pèse sur l’accusation, jamais sur l’accusé, le prévenu ou la personne mise en examen. En droit pénal, on ne demande pas à une personne accusée de démontrer qu’elle est innocente : c’est à la justice d’établir légalement la culpabilité.



La définition et les fondements constitutionnels de la présomption d'innocence


La définition est nette : toute personne poursuivie reste présumée innocente tant qu’une décision judiciaire irrévocable ne l’a pas déclarée coupable. Le principe de la présomption d'innocence est consacré par l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, puis repris dans l’article préliminaire du code de procédure pénale par la loi du 15 juin 2000.


  • Article 9 de la DDHC : toute personne est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement établie.

  • Article préliminaire du code de procédure pénale : ce texte place le respect de la présomption d'innocence au centre de la procédure pénale et s’impose à chaque autorité judiciaire.

  • Article 9-1 du code civil : ce texte permet d’agir lorsqu’une personne est publiquement présentée comme coupable avant jugement; c’est le fondement civil classique en cas d’atteinte.

  • Contrôle constitutionnel : le Conseil constitutionnel a confirmé la valeur constitutionnelle de ce droit, notamment dans ses décisions du 8 juillet 1989 et du 2 mars 2018.


Les origines historiques et la reconnaissance internationale de la présomption d'innocence


Le droit romain formulait déjà que la preuve incombe à celui qui affirme, et la Déclaration de 1789 en a fait un principe de justice au cœur du droit français; Louis XVI l’avait d’ailleurs posé dès 1788 comme premier principe en matière criminelle.


L’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et l’article 6, paragraphe 2, de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 imposent qu’une personne accusée soit traitée comme présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie selon la loi.


À quels stades de la procédure pénale s'applique le principe ?


Le principe vaut dès l’enquête. Il s’applique en garde à vue, pendant l’instruction, au stade de la mise en examen, devant le tribunal correctionnel comme devant la cour d’assises, jusqu’à l’épuisement des recours ordinaires et à la décision définitive.


En pratique, si une communication publique présente un prévenu, un accusé ou une personne simplement présumée impliquée comme déjà responsable, il faut vérifier sans attendre si une action fondée sur l’article 9-1 du code civil est ouverte.


Présomption d'innocence et charge de la preuve devant les juridictions


La présomption d'innocence suppose une règle simple de procédure pénale : c'est l'accusation qui apporte la preuve, jamais l'accusé qui doit démontrer son innocence.



La charge de la preuve en droit pénal repose sur l'accusation


La présomption d'innocence au sens de la CEDH figure à l'article 6 § 2 de la Convention européenne des droits de l'homme. Elle interdit qu'un prévenu, un accusé ou une personne mise en cause soit traité comme coupable avant une décision judiciaire définitive, et elle empêche aussi de renverser sur lui la charge de la preuve.


Le principe in dubio pro reo en découle directement : le doute profite à l'accusé. Si la preuve laisse subsister une hésitation sérieuse sur les faits, l'identification de l'auteur ou l'intention, la relaxe ou l'acquittement s'impose.


Ce que l'accusation doit prouver

Ce que l'accusé n'a pas à prouver

La matérialité des faits

Son innocence

L'identité certaine de l'auteur

L'absence d'intention coupable

L'intention coupable (élément moral)

Qu'il n'était pas présent sur les lieux

Chaque élément constitutif de l'infraction

La fausseté des témoignages à charge


Il suffit qu'un seul élément constitutif manque pour que l'infraction ne soit pas légalement établie. En pratique, la défense doit viser les points précis où la preuve est insuffisante, contradictoire ou irrégulière au regard du code de procédure pénale.


Les droits procéduraux qui protègent la présomption d'innocence


  • Droit au silence : le refus de répondre ne peut pas être retenu comme aveu ni comme indice de culpabilité contre l'accusé ou le prévenu.

  • Droit à l'avocat en garde à vue : l'entretien confidentiel doit intervenir avant la première audition, selon les règles prévues par le code de procédure pénale.

  • Droit d'accès au dossier et de contestation de la preuve : la défense peut demander une contre-expertise, discuter une déclaration, faire citer des témoins et soulever des nullités.

  • Droit à la liberté comme principe : la détention provisoire reste une mesure strictement encadrée par l'article 144 du code de procédure pénale, jamais une anticipation de culpabilité.


Une audition sans les garanties prévues par la procédure pénale, notamment en garde à vue, peut conduire à l'annulation de procès-verbaux. Le premier réflexe est de vérifier la régularité de chaque acte d'enquête et de chaque mesure d'instruction.


L'instruction doit examiner les éléments à charge et à décharge


Le juge d'instruction est légalement tenu de rechercher les éléments à décharge, c'est l'article 81 du code de procédure pénale. La défense peut donc lui adresser des demandes d'actes : audition de témoin, confrontation, contre-expertise, transport sur les lieux.


Si les éléments réunis ne suffisent pas, un non-lieu peut être rendu. Un non-lieu clôt l'instruction sans renvoi devant un tribunal : la chambre de l'instruction peut le confirmer si la défense le conteste en cas de refus du juge.


Innocence présumée cour d'assises : ce que change le procès criminel


En cour d'assises, la procédure pénale devient entièrement orale au moment des débats.


La personne accusée devant les assises ne perd jamais le bénéfice de la présomption d'innocence parce qu'un dossier paraît lourd ou médiatisé. La défense doit faire naître un doute concret sur la preuve, la cohérence des faits ou l'intention prêtée, car ce doute suffit à empêcher qu'un verdict coupable repose sur une simple vraisemblance.


Pour une accusation de viol, ce point est central : il faut analyser sans délai les auditions, les expertises, les messages, les incohérences de déclaration et les éventuelles nullités. Vous pouvez lire ce guide : présomption d'innocence.


Si vous êtes poursuivi et que des actes d'enquête ont été conduits sans respect des garanties procédurales, soulevez les nullités avant toute discussion au fond : une nullité accueillie peut faire tomber l'ensemble des preuves qui en découlent.


Atteintes à la présomption d'innocence et recours possibles en droit


L'article 9-1 du code civil permet d'agir sans attendre le procès lorsqu'une personne est présentée publiquement comme coupable alors qu'aucune décision judiciaire définitive n'a établi sa culpabilité. En matière pénale, l'atteinte à la présomption d'innocence se joue souvent très tôt, pendant l'enquête, l'instruction, une déclaration publique ou une diffusion d'images qui fait basculer un mis en cause en accusé aux yeux du public.


Les atteintes sanctionnées : image publique, accusation mensongère, présentation comme coupable


L'atteinte à la présomption d'innocence renvoie d'abord à deux mécanismes précis. D'un côté, la dénonciation calomnieuse, prévue par l'article 226-10 du code pénal, est punie de 5 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. De l'autre, la diffusion publique de l'image d'une personne menottée ou détenue est encadrée par l'article 35 ter de la loi du 29 juillet 1881 lorsqu'elle porte atteinte à la dignité et à la protection due à une personne présumée innocente.


  • Diffusion d'images préjudiciables : publier la photo d'un accusé, d'une personne accusée ou simplement mise en cause, menottée ou placée en cellule, peut créer une atteinte immédiate à la présomption d'innocence avant toute preuve débattue contradictoirement.

  • Campagnes de lynchage numérique : sur les réseaux sociaux, une accusation relayée sans preuve peut relever de la diffamation ou de la dénonciation calomnieuse si une autorité judiciaire ou administrative a été saisie.

  • Couverture médiatique anticipant la culpabilité : présenter une personne comme coupable, alors qu'elle reste présumée innocente ou simplement mise en cause sans condamnation définitive, expose à une action fondée sur l'article 9-1 du code civil.


L'action doit être rapide : le délai court dès la publication


L'action en réparation sur le fondement de l'article 9-1 du code civil se prescrit par trois mois à compter de l'acte de publicité litigieux. Si une atteinte est constatée dans un article, une vidéo, une interview ou une publication en ligne, il faut enclencher le recours immédiatement, sans attendre la fin de la procédure pénale.


Je privilégie ici une stratégie nette : saisir vite pour faire cesser le trouble, puis discuter l'indemnisation. En pratique, il faut faire constater la publication, identifier son auteur et demander sans délai une mesure de suppression ou de rectification.


Quels recours civils et pénaux pour protéger la présomption d'innocence ?


Le premier levier est civil : il sert à faire cesser l'atteinte. Le second est pénal : il sert à poursuivre une infraction autonome lorsque les conditions légales sont réunies.


  • Action civile en cessation du trouble : sur le fondement de l'article 9-1 du code civil, le juge peut ordonner en référé la suppression d'un contenu, un communiqué rectificatif ou toute mesure de réparation utile. C'est le réflexe à enclencher quand l'atteinte est en cours de diffusion.

  • Plainte pour dénonciation calomnieuse : elle devient pertinente après un non-lieu, une relaxe, un acquittement ou un classement sans suite, à condition d'établir des faits faux, la connaissance de leur fausseté, la saisine d'une autorité et la mauvaise foi.

  • Indemnisation d'une détention provisoire injustifiée : lorsqu'une procédure pénale se termine sans condamnation, une réparation du préjudice moral et matériel peut être demandée à la charge de l'État. Il faut alors vérifier rapidement les délais et la décision qui a mis fin à la procédure.


Une personne accusée puis non condamnée peut demander que le préjudice subi soit indemnisé, notamment lorsque la détention provisoire a causé un dommage moral, familial ou professionnel important. Le premier point à vérifier est la décision pénale définitive qui ouvre ce recours.


Le rapport du ministère de la Justice fixe quatre axes concrets


Le 14 octobre 2021, le ministère de la Justice a publié un rapport issu du groupe de travail présidé par Élisabeth Guigou, avec 40 propositions consacrées au respect de la présomption d'innocence. Après plus de 80 auditions, le texte retient quatre priorités : éducation du public, formation des professionnels, amélioration de la communication institutionnelle et adaptation des recours aux atteintes en ligne : rapport présomption innocence.


Le rôle de l'avocat : protéger la défense dès l'enquête et pendant l'instruction


La protection de la présomption d'innocence commence dès la garde à vue. En procédure pénale, l'avocat vérifie les droits de la défense, contrôle la régularité de l'enquête, cherche la faille utile dans le code de procédure pénale et empêche qu'une preuve irrégulière devienne une vérité judiciaire.


Pendant l'instruction, le travail devient plus technique : contester une expertise, demander une contre-expertise, soulever une nullité, discuter une déclaration, relever une atteinte aux droits du mis en examen ou de la personne accusée. C'est à ce stade qu'il faut agir si un dossier est déjà pollué par une présentation publique de culpabilité.


Aux assises comme devant le tribunal correctionnel, un accusé n'a pas à prouver son innocence. La charge de la preuve pèse sur l'accusation, et le procès doit rester gouverné par les éléments du dossier, pas par l'effet d'une campagne médiatique : présomption d'innocence.


Ce qu'il faut vérifier immédiatement en cas d'atteinte


Il faut d'abord dater précisément la publication, l'image, la déclaration ou le contenu litigieux. Ensuite, identifier si l'atteinte relève d'une action civile, d'une plainte pénale ou des deux. Enfin, conserver la preuve : capture, article, enregistrement, constat, car sans support exploitable, le recours devient fragile.


Le droit applicable tient au code de procédure pénale, à l'article 9-1 du code civil et aux textes pénaux spéciaux. Si une personne a été publiquement traitée comme coupable alors qu'elle reste présumée innocente, il faut faire constater les preuves et engager le bon recours avant l'expiration du délai de trois mois.

Commentaires


Cabinet Georges Parastatis

Avocat au barreau de Paris depuis 1997. Expertise en droit pénal, droit pénal international, responsabilité médicale et droit international de la famille.

Coordonnées

89 Avenue de Villiers
75017 Paris
(Métro Wagram)

Tél : 01 44 01 58 59  - 06 79 60 25 64  

Email : ge@parastatisavocat.com

N° Siret : 41339814000090 ​

N° TVA : FR59413398140

Conseil National des Barreaux
legifrance Georges Parastatis
Georges Parastatis Avocat au Barreau de Paris
Association des Avocats Pénalistes. Georges Parastatis avocat
bottom of page